Prologue : cela en valait-il la peine ?

Un son aigu bourdonnait dans ses oreilles et le paysage ne semblait pas vouloir tenir en place. Alors que la jeune femme essayait de doucement reprendre ses esprits, une soudaine envie de vomir la traversa. Elle couvrit ses lèvres de sa main et se pencha vers le sol, se retenant de ne pas le peindre du contenu de son estomac. Une remontée acide brûla son œsophage et un goût amer s’empara alors de sa bouche. Horrible. Pensa-t-elle en fermant les yeux. La fille se força à avaler brûlant une nouvelle fois sa gorge au passage. Elle se sentait complètement désorientée et ne pouvait qu’attendre que son malaise passe.

Rouvrant les yeux, la jeune femme regarda autour d’elle mais ne vit rien. Rien d’autre qu’un sol rougeâtre craquelé. Sans plantes ni vie. Seulement une terre morte et aride. Alors que le bourdonnement commençait à s’estomper et que sa tête avait cessé de tourner, la panique s’empara d’elle. Il n’est plus là ! Encore assise sur le sol, la fille ne cessait de se retourner dans tous les sens, tremblante. Disparu … Il a disparu ! Oh putain … Oh non… Non, non, non, non ! Son agitation souleva un nuage de poussière ocre et des larmes envahirent sa paire d’orbe vert. La jeune femme ne savait même plus si elle pleurait à cause de la poussière ou de la frayeur. Elle expira et les essuya d’un revers de la main. Puis, elle prit une profonde inspiration pour se calmer. Du calme … La poussière brune reprit sa place sur le sol, le parant d’un voile rougeâtre. Laissant apparaître à deux pas d’elle, un grand précipice surplombé par le crépuscule.

Ses joues perdirent toute teinte et une sueur froide la parcourut. La jeune femme se trouvait au bord d’une falaise où un mauvais pas pouvait la mener à la mort. Les battements de son cœur s’accélérèrent et, tremblante, elle rampa précipitamment dans le sens opposé. Oups, c’était dangereux ! Vraiment dangereux ! Elle expira longuement sous le coup du stress soudain et serra les poings comme pour s’assurer qu’elle n’allait pas tomber, agrippant au passage une poignet de poussière. . Comment n’avait-elle pas pu se rendre compte où elle se tenait ? Elle était maintenant presque couchée sur le sol et à travers ses doigts fermés, elle pouvait sentir son cœur encore affolé du choc qu’elle venait de recevoir. Semblant avoir oublié s’être sentie mal il n’y avait à peine dix minutes, la jeune femme se releva lentement. Ses jambes chancelaient mais elle persistait à vouloir s’éloigner du bord du plateau. Pas à pas, elle recula doucement en essayant de retrouver son calme. La fille n’avait pas de vraie destination et ses pensées ressassaient déjà ce qui c’était passé. Soudain un flash lui vint à l’esprit. LISA ! La jeune femme regarda de nouveau autour d’elle en cherchant frénétiquement après une silhouette de femme, piétinant, criant son nom, murmurant. Mais rien. Elle était toujours aussi seul sur ce plateau. Ne pouvant plus retenir ses larmes davantage, la fille aux yeux verts se mis à sangloter silencieusement quelque instant.

Évidemment elle ne voulait pas l’admettre mais force était de constater qu’elle ne se trouvait plus dans son monde. Cette terre fissurée ne ressemblait en rien aux immenses buildings qu’elle avait l’habitude de voir. C’est d’ailleurs à cette pensée que la jeune femme se remémora les rumeurs circulant en ville. Difficile de passer à côté quand toute la presse se faisait une joie d’en parler. Partout on pouvait voir : « disparition en série : fugue ou assassinat ? », « nouvelle disparition, jusqu’où la liste va-t-elle s’étendre », ou encore « 10 ans de disparition, que nous cache le gouvernement ? ». De folles hypothèses circulaient allant de l’enlèvement extraterrestre aux expériences sur les humains. Cependant la vérité était tout autre. La jeune fille pouvait désormais l’attester. Elle se souvenait avoir pensé que tout cela ne la concernait pas. Ô combien elle se trompait.

Cela faisait une dizaine d’année que ces mystérieuses disparitions se produisaient mais ce ne fût que récemment que l’on en parlait. Pourquoi ? Car elles devenaient de plus en plus fréquentes. En fait, lorsque l’on tendait bien l’oreille, on pouvait entendre des bribes de vérité ci et là. Son monde était instable depuis un moment déjà, tout le monde savait cela. La jeune femme venait d’un monde hyper technologique. Tout était informatisé, numérisé, programmé… au point de jouer avec les lois de la nature. Les humains s’étaient pris pour dieu et en avaient subi les frais. Toute cette technologie dont ils étaient si fiers a fini par affecter le champs électro-magnétique de leur planète, créant un déséquilibre. Cela produisit de nombreux problèmes, autant sur leurs appareils électroniques que sur leur santé. Toutefois, les humains apprennent-ils de leur erreur ? Évidemment, non. Ils redoublèrent d’effort pour arranger tout ça, continuèrent leurs recherches, trouvant des moyens pour aller à l’encontre des lois naturelles encore et encore. Ils rendirent leur monde vivable, certes, agréable même. Mais ce que l’on savait moins, c’est ce qui était fermement gardé par le gouvernement ainsi que les conséquences que cela avait engendré.

La vérité. Celle que l’on ne voulait pas que l’on sache. Celle qui se chuchotait dans les allées. Cette vérité était bien différente que celle décrite dans les médias. Bien que les humains se plaisaient à penser que leur vie était tout à fait normale, cela ne changeait en rien le fait que leur monde ne tournait plus correctement. La jeune femme en avaient entendu tellement de version différente de cette soit disant « vérité » qu’elle n’était même plus capable de distinguer ce qui était vrai de ce qui était faux. Surtout quand tout le monde avait sa propre opinion sur le sujet. Parmi les phénomènes cachés que l’on appelé vérité, elle avait entendu parler de soudains chocs électriques se produisant ci et là. Tout d’abord, on entendait un crépitement très vite suivi par des étincelles. Puis, une fissure déchirait l’air formant lentement une brèche. Les rumeurs parlaient de trou de ver aspirant les gens, apparaissant puis disparaissant. La première fois que la fille les avait entendus, elle avait ri longuement et les avait classées dans la catégorie « ridicule » avec celles des enlèvements extraterrestres.

C’était un jour banal lorsque c’est arrivé. La jeune femme venait de finir le travail et était sur le chemin du retour en compagnie de Lisa, sa collègue, quand elle l’entendu. Un grésillement. La fille n’y prêta tout d’abord pas attention. Puis, elle se souvint de cette rumeur de trou de ver, ce qui piqua sa curiosité. Si les « on-dit » étaient vrais, c’était sûrement dangereux. Cependant, soyons honnête, une vie normale aussi plaisante soit-elle, est toujours un peu insipide. Alors, quand une occasion de trouver quelque chose d’excitant apparaît, peu importe ce qui se passera ensuite, qui ne voudrait pas la saisir ?

« Tu as entendu ça ? » La fille questionna la collègue à ses côtés, un sourire espiègle se dessinant sur son visage.

« …Entendu quoi ? » Finit par demander Lisa un peu d’inquiète. Elle ne connaissait que trop bien la signification de ce sourire sur la figure de la jeune femme et généralement il ne signifiait rien de bon.

« Un crépitement ! » Rétorqua la fille, excitée par sa découverte. 

Ses yeux verts brillaient d’intérêt en cherchant autour d’elle. Elle tendit l’oreille et se dirigea vers le bruit, entrant dans un parking à quelque mettre d’elles. C’est alors que la jeune femme finit par trouver une étincelle et lâcha un petit cri de victoire pendant qu’un sourire triomphant illuminait son minois. Sa collègue qui la suivait d’un pas hésitant regarda la fille s’approcher de l’éclat.

« Lena arrête tes conneries. C’est dangereux ! Reviens ! »

La terreur envahit Lisa alors qu’elle cria après sa camarade. Elle essaya de la rattraper par le bras mais elle était trop effrayée pour se rapprocher. Elle pouvait clairement voir les étincelles craqueler l’air, commençant à créer un trou. Elle ne pouvait donc que regarder Lena s’approcher du danger, impuissante.

« Mais… T’es pas curieuse ? »

Guidée par sa curiosité, une assurance mal placée transporta les pas de Lena. Ses yeux, eux, été fixés sur l’air en train de se fendre.

Lena s’arrêta à deux ou trois mètres des étincelles. Assez ,selon elle, pour une être une distance de sécurité suffisante et elle admira la brèche se former devant ses yeux pétillants. L’air finit par se déchirer. Lena se recula, un peu méfiante, mais ses yeux olives étaient toujours focalisés sur le phénomène. Elle pensait que ça allait se bientôt se finir, que la déchirure allez se refermer mais ce ne fût pas le cas. Au contraire, elle s’élargit.

« Oh putain ! Lena, reviens ! Dépêche ! »

Une sueur froide parcourut Lena qui lâcha un juron. Sa collègue ne cessait de crier après elle tandis que la jeune femme commença à paniquer. Elle non plus ne souhaitait pas rester où elle se trouvait. Elle voulait s’éloigner au plus vite et rejoindre Lisa. Cependant, une force invisible semblait l’attirer contre son gré vers la brèche maintenant totalement formée. Une force contre laquelle elle ne pouvait pas lutter.

Ses yeux s’écarquillèrent et Lena se tortillait dans tous les sens. Rien a faire. Elle se voyait se rapprocher de plus en plus près de la faille, sans rien pouvoir faire.

« Lisa aide moi, j’arrive pas à bouger ! LISA! Je t’en pris, dépêche.»

Ses cris retentirent sur le parking alors que sa voix trahissait son état de panique total. Lisa était tout aussi agitée qu’elle et s’était empressée d’agripper son bras pour l’attirer loin de la brèche. Mais c’était peine perdu. Elle avait beau tirer de toute ses forces, elle n’arrivait pas à bouger le corps de Lena de la force d’attraction. Au contraire, elle pouvait sentir ses mains glisser sur la manche de la veste de sa collègue. Lisa finit même par trébucher en essayant de retenir Lena et la lâcha lors de sa chute. Elle releva alors rapidement la tête et cria son nom.

C’est avec effroi que Lena pouvait voir droit devant elle la nature se déformer pour ne laisser finalement qu’un trou qui ne semblait pas à sa place dans le paysage. Elle avait beau se débattre et crier rien n’y faisait, son corps avançait inexorablement vers le trou. Dans sa panique, la jeune femme regarda derrière elle et vit que sa collègue qui était tombée à terre était aussi attiré malgré elle par le trou. Puis, vint l’échéance. Le vortex l’avala. C’était une fin stupide. A ce moment là, elle s’était senti idiote. Autant qu’elle était effrayée.

Lena avait toujours voulu vivre quelque chose d’excitant. C’était un fait. Elle était curieuse de nature. Toutefois, cela en valait-il la peine ? Alors que la jeune femme levait ses yeux humides et ne voyait qu’un plateau désolé, elle pouvait maintenant répondre. Non, ça ne le valait pas. Ça ne le vaudra jamais, car on n’est jamais prêt à voir son monde entier disparaître.

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